Argan : quand la valeur quitte son territoire d’origine

L’« or liquide »… et celles qui en paient le prix

L’huile d’argan est devenue un ingrédient phare de l’industrie cosmétique mondiale. Mais derrière l’image glamour véhiculée, une réalité revient souvent : la valeur se déplace loin des villages, tandis que les femmes et les coopératives qui produisent l’huile peinent à capter une part juste du revenu. Des recherches récentes montrent un glissement du contrôle du commerce vers des intermédiaires alimentant de grandes entreprises, ce qui menace la survie des coopératives et l’accès des femmes aux revenus.

Une chaîne de valeur où la richesse “remonte” et se déconnecte de la source

Plus la demande augmente, plus la chaîne se complexifie (collecte, coopératives, agrégateurs, export, marques). Plusieurs analyses soulignent que les coopératives captent une fraction limitée de la valeur, faute d’intégration (mise en marché, négociation, contrats, volumes).

Et quand des acteurs puissants sécurisent l’approvisionnement, la pression sur les petits producteurs augmente : prix imposés, dépendance aux intermédiaires, fragilisation des modèles coopératifs.

Un écosystème unique sous tension

L’arganier pousse presque exclusivement dans le sud-ouest marocain, au sein de l’Arganeraie reconnue Réserve de biosphère UNESCO (désignation en 1998), couvrant environ 2,5 millions d’hectares.

Or, la hausse de la demande s’ajoute à d’autres pressions (sécheresse, usages des sols, surpâturage, surexploitation). Des reportages récents et travaux de recherche décrivent une dégradation de la ressource et des difficultés accrues pour les communautés.

“Dépossession” : ce que ça veut dire, concrètement

Quand on dit que des communautés sont dépossédées, ce n’est pas seulement une question morale : c’est une mécanique économique.

  • Le travail (long, manuel, qualifié) reste local…
  • …mais les marges (branding, formulation cosmétique, distribution internationale) sont captées ailleurs.

Résultat : les producteurs et productrices voient leur seule richesse locale transformée en produit “miracle” mondial, sans retombées proportionnelles pour celles et ceux qui entretiennent l’écosystème et réalisent le travail.

Acheter l’huile d’argan autrement

Le succès mondial de l’argan a vu apparaître de nombreuses marques qui utilisent son image, son nom ou son imaginaire… sans toujours être directement liées à son territoire d’origine.

En tant que consommateur, il est possible de faire des choix plus éclairés, sans devenir spécialiste de la filière.

Quelques repères simples :

  • Vérifier que l’origine de l’huile est clairement indiquée (région précise, production au Maroc).
  • S’assurer qu’il s’agit bien d’huile d’argan pure, et non d’un produit cosmétique parfumé contenant une faible proportion d’argan parmi d’autres ingrédients.
  • Se méfier des produits dont l’attrait repose surtout sur un parfum signature ou un marketing exotique, plutôt que sur la traçabilité et la qualité de la matière première.
  • Privilégier les marques qui parlent des coopératives, des producteurs et des conditions d’approvisionnement.

Aujourd’hui, une grande partie des produits dits “à l’argan” sont en réalité des formulations industrielles où l’huile n’est qu’un composant parmi d’autres, très souvent minoritaire. L’image du Maroc et de l’arganier devient alors un argument marketing plus qu’un engagement envers le territoire.

Choisir une huile d’argan authentique, c’est aller au-delà du parfum ou du packaging.
C’est soutenir un écosystème fragile et les communautés qui en vivent.

À travers nos achats, nous contribuons soit à préserver un patrimoine vivant, soit à alimenter un modèle qui en éloigne progressivement celles et ceux qui en sont à l’origine.

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